La rencontre…

Invitation à la rencontre … 

… une pratique ordinaire et extraordinaire !

   par André Breton, la Kabbale  et Monique Bydlowski

    

Je vais régulièrement prendre mon café dans un lieu où j’ai l’occasion de « trouver fortuitement » des personnes. Des personnes en tout genre et de toutes nationalités et c’est ce que j’aime dans ce lieu. Ici se croisent enfants, jeunes immigrés, fumeurs de canabis, alcooliques mondains, petites gens ordinaires, joueurs de djiembé ou de loto, jeunes bobos, fans de foot, vieilles mamies, intellos, artistes, employés de bureau, commerçants, étudiants, élus et j’en passe… Ces personnes dont je finis par connaitre certaines, comme les autres que je croise d’un salut cordial, je les rencontre toutes.

Mais qui je rencontre et c’est quoi rencontrer ?

Communément, « Rencontre » est définit de la manière suivante :

  • Action d’aller vers quelqu’un qui vient.
  • Occasion qui fait trouver fortuitement une personne, une chose.
  • Combat imprévu de deux corps ennemis qui se rencontrent.
  • Combat singulier non prémédité.
  • Concours, conjonction ou opposition des corps. La rencontre des atomes, des planètes, des astres.

Qu’est ce qui fait que moi, être humain égoïste, narcissique que seul moi intéresse vraiment (parlons vrai pour une fois ! ) je peux rencontrer l’autre. Par quel procédé, quelle magie ?

Il y a bien sûr un élan, une curiosité, une générosité (puisque je me « détourne » de moi pour regarder l’autre), mais encore ?

Le concept de kabbalistique de Tsimtsoum apporte une réponse intéressante :

Selon cette approche, l’essence première, l’âme, l’être profond, peut être regardé comme une énergie qui a un mouvement, une direction, une volonté qui cherche à s’incarner.

L’incarnation c’est la rencontre de cette énergie avec la réalité, la matérialité, le corps.

Mais dans cette unicité de soi – corps et âmes – il n’y a pas d’autre.

Pour que quelque chose émane de l’unicité, il faut que le un se rétracte pour laisser de la place à l’autre. Il ne s’agit pas d’un espace physique mais d’un espace dans la pensée, un espace métaphysique ou spirituel. Il s’agit de donner la possibilité à l’autre d’être là.

C’est ce retrait qui permet cette possibilité à l’autre d’être là. Par exemple, on peut dire qu’il y a une place pour les étoiles quand le soleil se retire.

Ainsi, pour révéler l’autre, il faut se retirer, se rétracter.

Le passage de l’un à la multiplicité passe par la rétractation de soi. Mais cette rétraction ne peut se faire sans limite, contour, définition de ce que l’on veut. Ce n’est ni le tout soi, ni le tout autre, mais c’est donner la possibilité du soi avec l’autre, donc à la coexistence.

Ainsi, par exemple, on peut dire que la révélation de la terre ne peut se faire que par la limite des eaux rassemblées dans une place. Ou encore que la mort est contenue dans la vie, et que c’est la vie, en se retirant, qui révèle la mort.

En résumé : L’infini révèle le fini à partir d’un retrait dans un espace limité. Ou encore, l’un révèle l’autre à partir d’un retrait partiel de soi.

Pour permettre à l’autre d’être, il faut donc que les éléments suivants soient rassemblés :

un retrait,

une limite / contour

qui permet une révélation.

C’est là tous les éléments nécessaires pour une rencontre possible dans ce point de vue intéressant et en « creux ». Ce n’est pas l’élan vers l’autre, mais le retrait de soi qui laisse l’autre être et exister face à soi.

André Breton rajoute une dimension à cette notion de rencontre. Pour lui aussi, quelque chose se révèle dans la rencontre, mais ce n’est pas l’autre, c’est soi ! Autrement dit, la rencontre avec l’autre serait une possibilité de rencontre avec soi. La phrase emblématique de cette pensée est celle-ci : « Je m’étais perdu à moi-même, et tu es venue me donner de mes nouvelles » (André Breton, L’amour fou, 1937).

Cela vaut pour la rencontre en général, comme la rencontre amoureuse on encore la rencontre de la maternité par exemple.

Monique Bydlowski , dans son livre La dette de vie : Itinéraire psychanalytique de la maternité, Editions PUF, 2008, montre bien l’effet de la rencontre mère / enfant comme une révélation maternelle. Elle écrit :

Bien que porté pendant des mois, l’enfant naissant est le partenaire d’une rencontre étrangère, hétérogène et soumise au risque du coup de foudre imprévisible. Cette magie imprévisible est jaillissement de l’inconscient, rencontre de représentations inconscientes abritées par la jeune mère, à son insu, avec la réalité physique et sexuée de son enfant. On pense à la formule de l’Amour fou selon André Breton, rendant si bien compte de la rencontre de certains parents avec leur nouveau né (…) Comme toute rencontre d’amour, l’amour maternel, l’amour parental est une surprise.

On voit bien ici comment la rencontre avec l’autre peut parler de soi, de sa manière de faire l’expérience de l’autre qui s’est forgée au fil de la vie (l’attachement, le narcissisme, le rapport aux femmes, aux hommes, à l’inconnu, aux épreuves…)

La rencontre est donc une rencontre de l’autre, mais aussi une rencontre de soi.

Intéressons-nous à ce qui se révèle dans nos cabinets …

L’arrivée d’un patient, c’est une rencontre.

Pour le patient, il vient chercher l’autre. Mais en fait, c’est lui qu’il vient chercher en cherchant l’aide d’un tiers.

Le psychopraticien, quant à lui, le reçoit en tant qu’être unique incarné dans son corps.

Psychiquement, il se met partiellement en retrait pour permettre à son patient de se révéler à lui-même, dans un espace physique limité par un cadre.

C’est dans cette absolue présence du thérapeute, de laquelle il se retire partiellement, que le patient peut prendre place, exister corps et âme, et se révéler à lui-même dans toute son authenticité, et laisser toute la place à cette énergie primaire, essence première de l’être.

Il se peut aussi, parfois, que la séance soit, pour le psychopraticien une révélation pour soi, de soi à soi, possiblement abordée en supervision ou dans son processus personnel.

Car au-delà du cadre très spécifique de la relation thérapeutique, c’est bien d’une rencontre qu’il s’agit, et c’est parce qu’il y a cette rencontre que la guérison trouve son chemin, que la transformation devient possible.

 

Pour aller plus loin…
Un film d’animation sur les différentes manières de se rencontrer…
Watch “I think I love you” on Vimeo: https://vimeo.com/214413623?ref=em-share

Une chanson :
« Rencontres » de Grand corps malade
https://youtu.be/3nHG-gKYqTU

Un air de musique Klezmer :
TSIMTSOUM  à France Culture – Klezmer metis music –
Walking in laws home (Brandwein art Sparks / tsimtsoum)
https://youtu.be/e2kxb1xp3Lo

L’hiver se retire, rencontrons le printemps !

Suggestions à voir, lire ou écouter …

A voir…

Nise, the heart of madness de Roberto Berliner (2015), 1h49 (en VOD, streaming, Netflix, Youtube…)Dans ce film brésilien inspiré d’une histoire vraie, une psychiatre refusant la thérapie par électrochocs, tente de soigner la schizophrénie en initiant ses patients à l’art.
https://youtu.be/z6hA3R-Yme4
A lire …

Suzanne la pleureuse d’Alona Kimhi
Editions Folio, Gallimard, 2001
Où comment Suzanne, « émotionnellement instable », 33 ans, vivant toujours chez sa mère, se rencontre en rencontrant son cousin Naor…
http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Folio/Folio/Suzanne-la-pleureuse

A écouter…

Etre heureux au travail. C’est la tendance qui a envahi les start-up, imposant un modèle de management à la « cool ». Ce type de gestion salariale est-elle la solution pour redonner du sens au travail ? Comment comprendre l’attrait des jeunes diplômés pour les métiers manuels autrefois dévalorisés? https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/le-monde-au-travail-34-des-bullshit-jobs-au-neo-artisanat-une-generation-en
La schizophrénie est souvent perçue par l’unique prisme du dédoublement de personnalité. Mais bien d’autres symptômes permettent de la détecter, et ce dés l’adolescence. https://www.franceculture.fr/conferences/universite-de-nantes/que-se-passe-t-il-dans-la-tete-dun-schizophrene

 

A vos agendas…
La Fédération Française de Psychothérapie – FF2P (http://www.ff2p.fr)

Samedi 24 mars 2018 – Etre parent aujourd’hui – Journée de la santé mentale – Paris 15ème
J’y animerai un atelier sur la relation parent/enfant dans la famille monoparentale.
http://www.ff2p.fr/fichiers_site/evenements/29-sante-mentale/29-sante-mentale.html
33 ème colloque de la FF2P :
Précarité psychique et son incidence dans notre approche de la personne en thérapie.
1er et 2 juin 2018 – Espace Reuilly – Paris 12 ème
http://www.colloques-ff2p.com
12 – 14 octobre 2018 – 3ème édition du Festival Cinopsy’s – Bordeaux
Thème : Psychothérapie, croyances et spiritualité
Invité d’honneur : Boris Cyrulnik. En présence de Laure Adler.
https://www.facebook.com/cinopsys/

Centre d’Analyse Psycho-organique de Paris – Capop (http://psy-capop.org)

La société française des analystes psycho-organique – Sofrapsy (http://www.sofrapsy.fr)
Pour tout savoir sur l’Analyse Psycho-Organique

La normalité…

Invitation à se (re)questionner…

La normalité vue par …

Anatole
Harari et Bergeret

Yuval Noah Harari, dans son ouvrage Sapiens, un brève histoire de l’humanité, (Editons Albin Michel, 2015) écrit :

« Depuis la Révolution cognitive, les Sapiens ont donc vécu dans une double réalité. D’un côté, la réalité objective des rivières, des arbres et des lions ; de l’autre, la réalité imaginaire des dieux, des nations et des sociétés. Au fil du temps, la réalité imaginaire est devenue toujours plus puissante, au point que de nos jours la survie même des rivières, des arbres et des lions dépend de la grâce des entités imaginaires comme le Dieu Tout-Puissant, les Etats-Unis ou Google.

La capacité de créer une réalité imaginaire à partir de mots à permis à de grands nombres d’inconnus de coopérer efficacement. Mais elle a fait plus. La coopération humaine à grande échelle reposant sur des mythes, il est possible de changer les formes de coopération en changeant les mythes, en racontant des histoires différentes…

Après la Révolution agricole, les société humaines sont devenues toujours plus grandes et plus complexes, tandis que les constructions imaginaires soutenant l’ordre social devinrent aussi plus élaborées. Mythes et fictions habituèrent les gens, quasiment dès la naissance, à penser de certaines façons, à se conformer à certaines normes, à vouloir certaines choses et à observer certaines règles. »

La question de se trouver ou non normal ne se pose pas… si, et tant que, l’on se sent normal. Mais de quelle normalité parle t-on ? Y. Harari parle, ici de normalité sociale.

Il questionne : La normalité est-elle un mythe ou la réalité ? Là est la question ! Car si la norme est l’émanation de la réalité imaginaire. Qu’est ce que la normalité « en vrai » ? Cela semble tout à fait relatif.

Mais allons plus loin dans le texte :

« Ce faisant, ils (Mythes et fictions) créèrent des instincts artificiels qui permirent à des millions d’inconnus de coopérer efficacement. C’est ce réseau d’instincts artificiels qu’on appelle « culture »…

De nos jours, la plupart des spécialistes des cultures en sont arrivés à la conclusion… que toute culture a ses croyances, normes et valeurs typiques, mais elles sont en perpétuelle évolution… Contrairement aux lois de la physique, qui n’admettent pas la moindre inconséquence, tout ordre humain est truffé de contradictions internes. Les cultures ne cessent d’essayer de concilier ces contradictions, et ce processus nourrit le changement…

Un (autre) exemple est celui de l’ordre politique moderne. Depuis la Révolution française, les habitants du monde entier en sont venus à voir dans l’égalité et la liberté individuelle des valeurs fondamentales. Mais les deux valeurs se contredisent. L’égalité ne peut être assurée qu’en amputant les libertés de ceux qui sont mieux lotis. Garantir que chacun sera libre d’agir à sa guise nuira immanquablement à l’égalité. Toute l’histoire politique du monde depuis 1789 peut se lire comme un effort pour résoudre cette contradiction…

Ces contradictions sont un aspect indissociable de toute culture humaine…

Si les tensions, les conflits et les dilemmes insolubles sont le sel de toute culture, un être humain qui appartient à une culture particulière doit avoir des croyances contradictoires et être déchiré par des valeurs incompatibles. C’est là un trait si essentiel de toute culture qu’on lui a même donné un nom : la dissonance cognitive. Souvent, on la présente comme une défaillance de la psyché humaine. En réalité, elle en est un atout vital. Si les gens avaient été incapables d’avoir des croyances et des valeurs contradictoires, il eût été probablement impossible d’instaurer et de perpétuer la moindre culture humaine ».

Ainsi, toujours selon Y. Harari, la normalité serait subjective et sous-tendues de croyances contradictoires ? Il n’y aurait alors de normalité que sociale, voir inter-subjective mais non psychique ?

Un vieil homme m’avait dit un jour cette phrase sur un ton d’évidence : « un couple, c’est deux normalités qui se rencontrent !». Et oui, pour elle, c’est normal de se laver les dents matin et soir et de prendre sa douche le soir en se lavant avec du gel-douche. Pour lui, c’est le soir qu’il se lave les dents, et le matin qu’il se douche, se lavant au savon. Pour chacun c’est normal. Qui n’a pas vécu ces frictions avec l’autre, lorsque la normalité de l’un rencontre celle de l’autre ?!
Ici, la normalité est confondue avec l’habitus et/ou le rituel… Néanmoins, il s’agit cette fois d’une normalité qui s’éprouve dans la relation, qui est inter-subjective.
La question est alors de savoir si ma normalité qui est ma vérité, est une norme pour tous et donc une vérité universelle.

Continuons d’avancer sur notre questionnement…

J’ai découvert La petite casserole d’Anatole écrit par Isabelle Carrier (Editions Bilboquet, 2009)  et regardé le court-métrage d’Eric Montchaud adaptation du livre du même nom (cf. ci-dessous « Pour aller plus loin… »). Et cela m’a amené à me questionner : En quoi Anatole n’est-il pas « normal » ? De quelle « casserole » cela parle ? Entre Anatole et moi, qui est le plus « normal » des deux ? N’avons-nous pas tous une « petite casserole » à se trimbaler ? N’est-ce pas ces « casseroles » que nos patients nous apportent lorsqu’ils passent la porte de nos cabinets de psychopraticiens ? Et quel est, alors, notre regard sur eux et comment se présente la question de la normalité ?

A ce titre, ne sommes nous tous pas des êtres « normaux », ordinaires, avec nos casseroles comme le montre notamment Freund dans Psychopathologie de la vie quotidienne (Editions Payot, 2004) ?

Jean Bergeret dans La personnalité normale ou pathologique (Dunod, 3ème édition, 1996) répond partiellement à cette question lorsqu’il parle du rapport aux autres, à l’idéal ou à la règle. Il précise : «  Pour chercher à demeurer ou à devenir « normal » l’enfant s’identifie aux « grands » et l’anxieux les imite. Dans les deux cas la question manifeste posée s’énonce : « comment font les autres ? » et sous-entend : « Comment font les grands? ».

N’est ce pas ces « enfants intérieurs » que certains patients nous amènent comme étant leurs casseroles, se trouvant ainsi « anormaux » ?

Est-ce une question de norme ou de « bon fonctionnement intérieur » comme le propose Jean Bergeret ?

Ce dernier écrit : « Or le véritable problème posé par l’éventuelle reconnaissance d’une « normalité » ne se situe peut être pas à ce niveau, entre ces deux faux aspects objectifs : les autres ou l’idéal…

Si au lieu de formuler (ou de redouter) à tout moment des jugements de valeur par rapport aux autres quant à une éventuelle « normalité » conçue trop souvent et malencontreusement en ce sens, nous mettions avant tout l’accent sur le constat de bon fonctionnement intérieur que peut comporter cette notion, en tenant compte des données particulières à chaque individu (fût-il très limité dans ses possibilités personnelles, de façon occasionnelle ou durable), il me semble que nous pourrions envisager les choses tout autrement qu’en simples défenses projectives, ou bien qu’en prosélytisme envahissant ou inquiétant ».

Ainsi, une fois écartée la question de la norme sociale qui nous intéresse peu ici, il se pourrait que la normalité psychique soit à la fois subjective (liée à chaque personne), sous-tendue de contradictions (intra-psychiques et interpersonnelles, actives ou passives) et question, en fait, d’un « bon fonctionnement intérieur »  (structure psychique stable).

Si l’Analyse Psycho-Organique n’apporte pas de réponse précise à cette question de normalité, elle est portée par une philosophie, une vision de l’homme et du sens de l’existence qui y répond.

L’Analyse Psycho-Organique envisage chacun comme une personne consciente, sensible, engagée et responsable. L’authenticité, la créativité et l’humanité sont stimulées et soutenues dans la relation thérapeutique. Il n’est pas question de jugement de valeur, de normalité ou de handicap. Chacun arrive en consultation avec Sa « normalité ».

L’Analyse Psycho-Organique permet également à chacun de relier le sens que l’on donne à l’expérience vécue et la manière dont on la ressent. Elle met l’accent sur « le choix d’expérience » en prenant en considération les particularités de chaque personne, que celle-ci soit très limitée dans ses possibilités personnelles, ou pas, et que cela soit temporaire ou durable.

Par ailleurs, nous considérons que chaque personne, quelle que soit sa structure, au sens de Bergeret, est porteuse d’un « noyau sain », pourvue de ressources internes et de capacités créatives et transformationnelles, et est porteuse de besoins et de désirs qui cherchent à être satisfaits et à s’incarner.

Ainsi, nous considérons que chacun d’entre nous peut accéder à la coexistence : c’est-à-dire coexister avec les autres dans le respect de soi et de chacun, en accueillant ses propres conflits internes, contradictions et paradoxes.

Et oui, n’oublions pas : Chacun a ses casseroles (petites ou grandes, limitatives durablement ou temporairement) et il y a de la place pour chaque normalité dans ce monde ! C’est le défi de la coexistence.

Pour aller plus loin…

La petite casserole d’Anatole, Livre illustré d’Isabelle Carrier, Editions Bilboquet, 2009 https://youtu.be/Ik_VRl0pgpw

« La petite casserole d’Anatole » de Eric Montchaud, France 2014 court-métrage d’animation (une version française de moyenne qualité captée par un russe): https://youtu.be/tZBRHd0WwCA

France Culture – Conférence de l’Ecole Normale Supérieure par Ali Benmakhlouf, professeur de philosophie arabe et de philosophie de la logique. Quand le normal devient du pathologique. https://www.franceculture.fr/conferences/ecole-normale-superieure/triste-ou-depressif-turbulent-ou-hyperactif-quand-le-normal

 

Suggestions à voir, lire ou écouter …
A voir…

Egalement une petite vidéo de Michel Cymes qui parle
de comment choisir son psy et de la FF2P : http://www.rtl.fr/actu/bien-etre/mychel-cymes-vous-dit-comment-bien-choisir-son-psy-7791950160
A lire …

Psychologie Magazine, Février 2018
Page 156, dans la rublique « Méthode », Paul Boyesen, fondateur de l’Analyse Psycho-Organique, a été interviewé pour présenter l’Analyse Psycho-Organique.

A écouter…

France Culture – LSD – Une série de 4 documentaires radiophoniques sur le lien soignant/soigné.
https://www.franceculture.fr/emissions/lsd-la-serie-documentaire/la-relation-soignant-soigne-24-les-patients-prennent-le-pouvoir

A vos agendas…

La Fédération Française de Psychothérapie – FF2P (http://www.ff2p.fr)

Samedi 24 mars 2018 – Etre parent aujourd’hui – Journée de la santé mentale – Paris 15ème
J’y animerai un atelier sur la relation parent/enfant dans la famille monoparentale.
http://www.ff2p.fr/fichiers_site/evenements/29-sante-mentale/29-sante-mentale.html

33 ème colloque de la FF2P :
Précarité psychique et son incidence dans notre approche de la personne en thérapie.
1er et 2 juin 2018 – Espace Reuilly – Paris 12 ème
http://www.colloques-ff2p.com
12 – 14 octobre 2018 – 3ème édition du Festival Cinopsy’s – Bordeaux
Thème : Psychothérapie, croyances et spiritualité
Invité d’honneur : Boris Cyrulnik
https://www.facebook.com/cinopsys/

Centre d’Analyse Psycho-organique de Paris – Capop (http://psy-capop.org)
Conférences le 15 février 2018 sur les troubles du comportement alimentaire
http://psy-capop.org/?page_id=59/#conference-christine-chiquet

La société française des analystes psycho-organique – Sofrapsy (http://www.sofrapsy.fr)
Pour tout savoir sur l’Analyse Psycho-Organique

Voeux de bonne année

Les souhaits de la nouvelle année vus par …

Charles Perrault,

et Jean de La Fontaine

Un regard sur le rituel des voeux de bonne année

Charles Perrault (1628-1703)                           Jean de La Fontaine (1621 – 1695)

 

Commençons par écouter Les souhaits ridules de Charles Perrault : https://youtu.be/xxAWueBFhxY – court et drôle de conte !

Puis à lire Les souhaits (Cinquième fable du livre VII, situé dans le second recueil des Fables) :

Les Souhaits

Il est au Mogol des follets
Qui font office de valets,
Tiennent la maison propre, ont soin de l’équipage,
Et quelquefois du jardinage.
Si vous touchez à leur ouvrage,
Vous gâtez tout. Un d’eux près du Gange autrefois
Cultivait le jardin d’un assez bon Bourgeois.
Il travaillait sans bruit, avait beaucoup d’adresse,
Aimait le maître et la maîtresse,
Et le jardin surtout. Dieu sait si les zéphirs
Peuple ami du Démon l’assistaient dans sa tâche !
Le follet de sa part travaillant sans relâche
Comblait ses hôtes de plaisirs.
Pour plus de marques de son zèle,
Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté,
Nonobstant la légèreté
A ses pareils si naturelle ;
Mais ses confrères les esprits
Firent tant que le chef de cette république,
Par caprice ou par politique,
Le changea bientôt de logis.
Ordre lui vient d’aller au fond de la Norvège
Prendre le soin d’une maison
En tout temps couverte de neige ;
Et d’Indou qu’il était on vous le fait lapon.
Avant que de partir l’esprit dit à ses hôtes :
On m’oblige de vous quitter :
Je ne sais pas pour quelles fautes ;
Mais enfin il le faut, je ne puis arrêter
Qu’un temps fort court, un mois, peut-être une semaine,
Employez-la ; formez trois souhaits, car je puis
Rendre trois souhaits accomplis,
Trois sans plus. Souhaiter, ce n’est pas une peine
Etrange et nouvelle aux humains.
Ceux-ci pour premier voeu demandent l’abondance ;
Et l’abondance, à pleines mains,
Verse en leurs coffres la finance,
En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins ;
Tout en crève. Comment ranger cette chevance ?
Quels registres, quels soins, quel temps il leur fallut !
Tous deux sont empêchés si jamais on le fut.
Les voleurs contre eux complotèrent ;
Les grands Seigneurs leur empruntèrent ;
Le Prince les taxa ! Voilà les pauvres gens
Malheureux par trop de fortune.
Otez-nous de ces biens l’affluence importune,
Dirent-ils l’un et l’autre ; heureux les indigents !
La pauvreté vaut mieux qu’une telle richesse.
Retirez-vous, trésors, fuyez ; et toi Déesse,
Mère du bon esprit, compagne du repos,
O médiocrité, reviens vite. A ces mots
La médiocrité revient ; on lui fait place,
Avec elle ils rentrent en grâce,
Au bout de deux souhaits étant aussi chanceux
Qu’ils étaient, et que sont tous ceux
Qui souhaitent toujours et perdent en chimères
Le temps qu’ils feraient mieux de mettre à leurs affaires.
Le follet en rit avec eux.
Pour profiter de sa largesse,
Quand il voulut partir et qu’il fut sur le point,
Ils demandèrent la sagesse :
C’est un trésor qui n’embarrasse point.

***

Que ce soit au travers de contes, de poésies, de carte de voeux, ou aujourd’hui, de mails ou sms, en cette période de l’année (mois de janvier) c’est un rituel que de se souhaiter « bonne année » et de les accompagner de voeux.

Souhaits, voeux, demandes, aspirations profondes, désirs… Tout cela est émit avec la croyance que la parole est performative (C’est-à-dire le fait pour une phrase, un verbe, etc. de réaliser lui-même ce qu’il énonce. Le fait de prononcer un de ces mots fait alors advenir une réalité). Ainsi l’on se souhaite amour, santé, prospérité dans l’espoir et avec l’intention qu’ils se réalisent comme si l’énoncé de ces souhaits suffisait à les faire advenir.

Cependant, énoncer un souhait est nécessaire, mais pas suffisant ! Le souhait est comme un élan vers quelque chose / quelqu’un… il cherche à s’incarner.

Lorsqu’un patient vient pour la première fois, il est fréquent que le thérapeute, à un moment ou un autre l’interroge : « Quelles sont vos demandent en venant ici ? ». Et si le patient ne comprend pas bien ce que cela signifie, de préciser « Que souhaitez-vous pour vous en faisant cette démarche ? ».

La thérapie est clairement un chemin de transformation. Et, consciemment ou inconsciemment, le patient vient avec le désir, l’espoir, le souhait de voir son vécu changer. Le début d’incarnation de ce souhait est sa présence dans le cabinet du thérapeute.

Car en effet, tout souhait s’accompagne d’une action. C’est la condition pour que ce souhait ait une possibilité de se réaliser. Cette action peut être interne ou externe. Elle est interne lorsqu’elle consiste en un changement de perspective intrapsychique (le fait d’énoncer un souhait « d’avoir meilleure image de soi » par ex. est déjà le signe que cette représentation d’un soi meilleur est en germe dans le monde interne de la personne). Mais cette action peut être externe et se manifester par un changement d’attitude, la mise en acte d’une attitude différente (le fait, toujours dans l’exemple du souhait « d’avoir une meilleure image de soi » de prendre soin de son apparence vestimentaire, de faire acte de coquetterie par ex.).

Et quoiqu’il en soit, il appartient au psychopraticien de soutenir ce souhait, comme un élan de vie puissant du patient qui cherche à s’incarner.

Il importe donc de prendre bien soins de formuler des voeux en conscience afin qu’ils s’incarnent avec sagesse, comme le préconise Jean de La Fontaine…

Pour aller plus loin, un clin d’oeil  …

LES BOLOSS des belles lettres : Les fables de La Fontaine
Jean Rochefort
https://youtu.be/irmu5QUtxXI

Belle année à tous !

Suggestions à voir, lire ou écouter …
A (re)voir…… sur les relations conjugales, à voir absolument si vous ne l’avez jamais vu …
Scènes de la vie conjugales
de Ingmar Bergman, film, 1973synopsis :
« Quelques moments cruciaux de la vie d’un couple. Chronique qui s’étend sur vingt ans, en six chapitres. Le couple, en apparence solide, que forment Marianne et Johann, se délite à partir du moment où Johan s’éprend d’une jeune femme, Paula ».A lire …
… pour préparer le festival Cinopsy’s sur le thème : Psychothérapie, croyances et spiritualités
Papiers (la revue de France Culture), n°23, Janvier-Mars 2018 : Les nouveaux marchés de la croyance
Le Monde des religions – Hors Série n°29 décembre 2017 : Maîtres de sagesses, 22 consciences universelles

A écouter…
… pour rendre hommage à une grande dame…
France Culture – A voix nue –
Série de 5 entretiens avec Françoise Héritier, anthropologue, ethnologue et féministe, décédée en novembre dernier.
https://www.franceculture.fr/emissions/series/francoise-heritier

A vos agendas…

La Fédération Française de Psychothérapie – FF2P (http://www.ff2p.fr)Samedi 24 mars 2018 – Etre parent aujourd’hui – Semaine d’information sur la santé mentale – Paris 15ème
J’y animerai un atelier sur le thème de la monoparentalité12 – 14 octobre 2018 – 3ème édition du Festival Cinopsy’s – Bordeaux
Thème : Psychothérapie, croyances et spiritualité
Prochainement, tout le programme sur le site cinopsys.comCentre d’Analyse Psycho-organique de Paris – Capop (http://psy-capop.org)
Conférences 2018 à venir…

La société française des analystes psycho-organique – Sofrapsy (http://www.sofrapsy.fr)
Pour tout savoir sur l’Analyse Psycho-Organique

A la recherche du temps perdu

Invitation à (re)lire… 

 

A la recherche du temps perdu

De Marcel Proust,

Editions Pléiade, Gallimard 1954

proust

 

L’Analyse Psycho-Organique (APO) a pour particularité, notamment, d’oeuvrer à la remise en circulation des trois niveaux d’expérience :

  • La pensée – Appelée Concept
  • L’émotion – Appelée Connexion Organique
  • Le ressenti, la sensation – Appelés Organique profond.

 

L’analyste Psycho-Organique utilise le corps comme voie d’accès à l’inconscient en guidant le patient de la manière suivante :

De la sensation vers l’émotion,
De l’émotion vers la situation/souvenir,
ou encore du souvenir, vers l’émotion et/ou la sensation,
Puis l’élaboration (pensée) à partir de ces expériences sensorielles.

L’image ayant également une place privilégiée : Il s’agira alors de guider le patient à laisser émerger une représentation (image) de sa sensation ou encore de se servir de l’image/souvenir qui émerge pour l’aider à se reconnecter à l’émotion vécue dans la situation évoquée.

Ainsi, Marcel Proust dans « A la recherche du temps perdu » (Tome I – Du côté de chez Swann – Partie II – Combray – p. 45-47 des Editions Pléiade) décrit parfaitement cela lorsqu’il évoque la manière dont le souvenir de la madeleine lui revient :

« Il y avait déjà bien des années que, de Combray, tout ce qui n’était pas le théâtre et la drame de mon coucher n’existait plus pour moi, quand un jour d’hiver, comme je rentrais à la maison, ma mère, voyant que j’avais froid, me proposa de me faire prendre, contre mon habitude, un peu de thé. Je refusai d’abord et, je ne sais pourquoi, me ravisai. Elle envoya chercher un de ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines qui semblent avoir été moulés dans la valve rainurée d’une coquille de Saint-Jacques. Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d’un triste lendemain, je portai à mes lèvres une cuillerée du thé où j’avais laissé s’amollir un morceau de madeleine. Mais à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt cette essence n’était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D’où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu’elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu’elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D’où venait-elle ? Que signifiait-elle ? Où l’appréhender ? Je bois une seconde gorgée où je ne trouve rien de plus que dans la première, une troisième qui m’apporte un peu moins que la seconde. Il est temps que je m’arrête, la vertu du breuvage semble diminuer. Il est clair que la vérité que je cherche n’est pas en lui, mais en moi. Il l’y a éveillée, mais ne la connaît pas, et ne peut que répéter indéfiniment, avec de moins en moins de force, ce même témoignage que je ne sais pas interpréter et que je veux au moins pouvoir lui redemander et retrouver intact à ma disposition, tout à l’heure, pour un éclaircissement décisif. Je pose la tasse et me tourne vers mon esprit. C’est à lui de trouver la vérité. Mais comment ? Grave incertitude, toutes les fois que l’esprit se sent dépassé par lui-même ; quand lui, le chercheur, est tout ensemble le pays obscur où il doit chercher et où tout son bagage ne lui sera de rien. Chercher ? pas seulement : créer. Il est en face de quelque chose qui n’est pas encore et que seul il peut réaliser, puis faire entrer dans sa lumière.

Et je recommence à me demander quel pouvait être cet état inconnu, qui n’apportait aucune preuve logique, mais l’évidence de sa félicité, de sa réalité devant laquelle les autres s’évanouissaient. Je veux essayer de le faire réapparaître. Je rétrograde par la pensée au moment où je pris la première cuillerée de thé. Je retrouve le même état, sans une clarté nouvelle. Je demande à mon esprit un effort de plus, de ramener encore une fois la sensation qui s’enfuit. Et, pour que rien ne brise l’élan dont il va tâcher de la ressaisir, j’écarte tout obstacle, toute idée étrangère, j’abrite mes oreilles et mon attention contre les bruits de la chambre voisine. Mais sentant mon esprit qui se fatigue sans réussir, je le force au contraire à prendre cette distraction que je lui refusais, à penser à autre chose, à se refaire avant une tentative suprême. Puis une deuxième fois, je fais le vide devant lui, je remets en face de lui la saveur encore récente de cette première gorgée et je sens tressaillir en moi quelque chose qui se déplace, voudrait s’élever, quelque chose qu’on aurait désancré, à une grande profondeur ; je ne sais ce que c’est, mais cela monte lentement ; j’éprouve la résistance et j’entends la rumeur des distances traversées.

Certes, ce qui palpite ainsi au fond de moi, ce doit être l’image, le souvenir visuel, qui, lié à cette saveur, tente de la suivre jusqu’à moi. Mais il se débat trop loin, trop confusément ; à peine si je perçois le reflet neutre où se confond l’insaisissable tourbillon des couleurs remuées ; mais je ne puis distinguer la forme, lui demander comme au seul interprète possible, de me traduire le témoignage de sa contemporaine, de son inséparable compagne, la saveur, lui demander de m’apprendre de quelle circonstance particulière, de quelle époque du passé il s’agit.

Arrivera-t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience, ce souvenir, l’instant ancien que l’attraction d’un instant identique est venue de si loin solliciter, émouvoir, soulever tout au fond de moi ? Je ne sais. Maintenant je ne sens plus rien, il est arrêté, redescendu peut-être ; qui sait s’il remontera jamais de sa nuit ? Dix fois il me faut recommencer, me pencher vers lui. Et chaque fois la lâcheté qui nous détourne de toute tâche difficile, de toute oeuvre importante, m’a conseillé de laisser cela, de boire mon thé en pensant simplement à mes ennuis d’aujourd’hui, à mes désirs de demain qui se laissent remâcher sans peine.

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes – et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot – s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Et dès que j’eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque-là) ; et avec la maison, la ville, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, les chemins qu’on prenait si le temps était beau. Et comme dans ce jeu où les Japonais s’amusent à tremper dans un bol de porcelaine rempli d’eau de petits morceaux de papier jusque-là indistincts qui, à peine y sont-ils plongés s’étirent, se contournent, se colorent, se différencient, deviennent des fleurs, des maisons, des personnages consistants et reconnaissables, de même maintenant toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l’église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé. »

 

M. Proust a fait une séance d’Analyse Psycho-Organique sans le savoir !
Il décrit parfaitement comment le corps est utilisé en APO comme voie d’accès à l’inconscient – Les patients en font la même expérience en séance –
Démonstration !

1/ Tout d’abord la sensation (lorsque la gorgée mêlée aux miettes du gâteau toucha son palais) :

Tressaillement. Quelque chose d’extraordinaire se passa en lui : Un plaisir délicieux.
Il comprend que « la vertu du breuvage » n’est pas dans la boisson, mais que c’est en lui qu’il va trouver l’origine de cette sensation.

2/ Puis la pensée : M. Proust se tourne vers son esprit qui est « vide », c’est-à-dire que dans un premier temps, il ne fait pas de lien entre la situation qu’il vit et cette sensation de plaisir qu’il éprouve.

3/ Le passage par le corps pour accéder à l’image :
Il observe sa sensation (« J’entends tressaillir en lui quelque chose qui se déplace… ») qui le mène à l’image naissante : « Ce qui palpite au fond de moi ce doit être l’image, le souvenir visuel qui, lié à cette saveur, tente de la suivre en moi ».

M. Proust s’interroge, comme un patient le fait en thérapie, sur le sens de ce qu’il ressent, et perçoit bien que le corps, dans sa sensation, porte une image qui l’amènera à la situation du plaisir initial… Et il se questionne : « Arrivera t-il jusqu’à la surface de ma claire conscience ? ».

4/ Comment l’image et le retour sur l’émotion et la sensation mènent à la situation :
Finalement surgit le souvenir : « Et tout d’un coup, le souvenir m’est apparu. Ce goût … ».
La résonance de l’émotion de plaisir et de la sensation physique de tressaillement a porté M. Proust vers le surgissement du souvenir enfouie en lui depuis des années, du goût de la madeleine et des goûters à Combray le dimanche chez sa tante Léonie.

Cet extrait, illustre comment M. Proust fait l’expérience, sans le savoir, de la circulation utilisée en APO entre sensation /image /sentiment /situation. Il montre parfaitement comment il passe de la sensation à l’image et de l’image à l’émotion. Comment, en portant son attention à cette sensation, il retrouve le fil d’un vécu fort et important pour lui, qu’il avait refoulé jusque là.

Merci à M. Proust pour son oeuvre profondément subtile qui sait décrire avec finesse et psychologie la complexité de l’âme humaine.

 

Pour aller plus loin …

…sur l’Analyse Psycho-Organique : 

L’Analyse Psycho-Organique, les voies corporelles d’une psychanalyse
http://analysepsychoorganiquepsychanalyse.com

 

…sur Marcel Proust :

Portrait souvenir : Marcel Proust
Documentaire de Gérard Herzog, 1962
ihttp://www.ina.fr/video/CPF86634904

Podcast – France Culture – La compagnie des auteurs
Série de 4 émissions sur Marcel Proust
https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-auteurs/marcel-proust-premier-mouvement-14-proust-loptimiste

 

Belles fêtes de fin d’année à tous !

Suggestions à voir, lire ou écouter …

A voir…

… sur les secrets de famille et le déni…
Carré 35
de Eric Caravaca, Documentaire, 2017

Synopsis :
« Carré 35 est un lieu qui n’a jamais été nommé dans ma famille ; c’est là qu’est enterrée ma sœur aînée, morte à l’âge de trois ans. Cette sœur dont on ne m’a rien dit ou presque, et dont mes parents n’avaient curieusement gardé aucune photographie. C’est pour combler cette absence d’image que j’ai entrepris ce film. Croyant simplement dérouler le fil d’une vie oubliée, j’ai ouvert une porte dérobée sur un vécu que j’ignorais, sur cette mémoire inconsciente qui est en chacun de nous et qui fait ce que nous sommes. »

… sur l’internement sous contrainte, la liberté et l’humanisme…
12 jours
de Raymond Depardon, Documentaire 2017

Synopsis :
Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie.

A lire …
… pour préparer le festival Cinopsy’s sur le thème : Psychothérapie, croyances et spiritualités
Psychothérapie de dieu de Boris Cyrulnik, Editions Odile Jacob, 2017
Les âmes errantes de Tobie Nathan, Editions L’Iconoclaste, 2017

A écouter…
… toujours pour préparer le futur festival Cinopsy’s
France Culture – Les nouveaux chemins de la philosophie –
Série de 4 émissions sur le thème : Que croyez-vous ?
https://www.franceculture.fr/emissions/les-chemins-de-la-philosophie/que-croyez-vous-14-la-religion-peut-elle-se-passer-de-la-foi

A vos agendas…

 

La Fédération Française de Psychothérapie – FF2P (http://www.ff2p.fr

Samedi 24 mars 2018 – La parentalité – Journée de la santé mentale – Paris 15ème
12 – 14 octobre 2018 – 3ème édition du Festival Cinopsy’s – Bordeaux

Thème : Psychothérapie, croyances et spiritualité

Centre d’Analyse Psycho-organique de Paris – Capop (http://psy-capop.org)
Conférences 2018 à venir…

La société française des analystes psycho-organique – Sofrapsy (http://www.sofrapsy.fr)
Pour tout savoir sur l’Analyse Psycho-Organique

 

La langue retournée de la culture

Invitation à lire…

 

La langue retournée de la culture

 

De Michel Simonet et le collectif Luce Faber

Editions Excès, 2017

la-langue-retournée-de-la-culture

La parole, la langue, les mots sont le reflet d’une structure de pensée, mais aussi de l’expérience que chacun fait du monde. Il exprime également les représentations que l’on s’en fait.

Nous le savons bien, nous psychopraticiens, que les mots ne viennent pas « par hasard », qu’il sont raccrochés à un vécu, une histoire, une situation, une expérience… Nous y faisons écho et nous en servons pour faire miroir aux manifestions de l’inconscient de nos patients.

Les mots sont importants. Ils sont fondateurs de notre soi profond. La transformation psychique se révèle notamment par la manière dont le patient modifie sa façon de parler de lui, de ce qu’il vit, ressent. L’espace thérapeutique est le champ d’expérience et de création d’un langage commun entre le psychopraticien et son patient.

L’exercice que fait M. Simonet dans cet ouvrage d’analyse de l’évolution du langage culturel, illustre comment le mot influence non seulement la pensée, mais aussi l’action (en l’espèce, l’action publique mais aussi celle des acteurs culturels eux-mêmes).

Dans le domaine psychologique aussi l’évolution du langage influe sur nos pratiques. Ainsi par exemple lorsque la dénomination de « psychothérapeute » est retirée à certains praticiens par la loi de santé 2004 et qu’elle oblige les professionnels à trouver un nouvel intitulé : Psychopraticien. Au-delà du mot lui-même, c’est toute une pratique qui s’est trouvée contrainte de s’affiner, de se démarquer d’autres pratiques psychothérapeutiques.

Autre exemple, lorsque les médias s’emparent de la psychopathologie et galvaudent les termes « pervers narcissiques » avec lequel bon nombre de patients arrivent en consultation, désignant en fait par là des souffrances relationnelles multiples et singulières.

Idem avec le vocable « transformation » amplement utilisé par les politiciens et médias en ce moment, qui en psychothérapie est l’évocation du désir du patient lorsqu’il souffre et qui peut se mettre en oeuvre au travers d’un long processus thérapeutique.

Enfin, comme la publicité qui tente d’enrober les produits à vendre d’un joli packaging, le terme burn-out est venu remplacer le terme dépression moins « glamour », moins « socialement acceptable », soulignant ainsi, aussi, plutôt un manque de capacité fonctionnelle d’une personne qu’une réelle souffrance profonde qui s’origine souvent bien au-delà du monde du travail.

Attention donc à la banalisation et au travestissement des mots et des concepts. Attention aussi au glissement du langage tant de nos patients que nous-même.

Restons conscients de ces évolutions pour garder, pour nous et nos patients, la liberté d’être et la liberté d’expression.

 

A vos agendas…

La Fédération Française de Psychothérapie – FF2P (http://www.ff2p.fr

Samedi 24 mars 2018 – La parentalité – Journée de la santé mentale – Paris 15ème
12 – 14 octobre 2018 – 3ème édition du Festival Cinopsy’s – Bordeaux

Centre d’Analyse Psycho-organique de Paris – Capop (http://psy-capop.org)

«Comment parler de sexualité avec les enfants et les adolescents ?»
Conférence de Brigitte LAURENT, jeudi 9 novembre 2017 à 20h30.

«La pratique du souffle en Analyse Psycho-Organique»
Conférence de Alain BOUTET, jeudi 14 décembre 2017 à 20h30.

La société française des analystes psycho-organique – Sofrapsy (http://www.sofrapsy.fr)
Pour tout savoir sur l’Analyse Psycho-Organique

 

 

première édition de Cinopsy’s

PRÉSENTATION

Il y a déjà un an que la première édition de Cinopsy’s a eu lieu.
Portée par son succès, votre enthousiasme et vos encouragements, l’équipe du festival a travaillé à la réalisation de cette deuxième édition.Nous vous proposons trois jours intenses de partages, de débats, d’émotions, autour de cette union entre la famille du cinéma et la famille de la psychothérapie.

La famille, vaste sujet souvent passionnel, est incontestablement un fait social incontournable et l’un des plus ancien de l’histoire de l’humanité. Elle a donné naissance aux groupes et aux sociétés.
Mais la famille n’est pas une réalité uniforme, son histoire nous le démontre par sa diversité et les changements d’organisation multiples qu’elle a opérés au cours des siècles.

C’est dans cet état d’esprit que nous avons élaboré cette deuxième édition

« LA FAMILLE DANS TOUS SES ETATS »

Eclairés par de nombreux spécialistes de la famille, je suis certain que les débats ne manqueront pas d’intérêt, de richesse et de passion.

Très bon festival à toutes et à tous !
PROGRAMME
JEUDI 5 OCTOBRE 2017
20h00-21h30 Conférence (thème et intervenant à préciser)
Salle de l’Athénée
VENDREDI 6 OCTOBRE 2017
19h30 Cérémonie d’ouverture du festival
20h30 Projection du film JUSTE LA FIN DU MONDE
Suivie du débat La famille dans tous ses états
Animé par Serge HEFEZ, Mazarine PINGEOT et Jean-Luc COLIA
SAMEDI 7 OCTOBRE 2017
8h00 / 9h30 Je déjeune avec mon psy
>>> voir en détail les lieux et thèmes des P’tits dej avec mon psy…
10h00 Projection du film L’ÉCONOMIE DU COUPLE
Suivie du débat Famille et crise du couple
Animé par Mazarine PINGEOT, Gérard OSTERMANN, Christine CHIQUET et Sandrine CALINAUD
14h00 Projection du film TOUT VA BIEN THE KIDS ARE ALL RIGHT
Suivie du débat La famille homoparentale
Animé par Martine GROSS, Mazarine PINGEOT, Sandrine ALBERICI et Yannick FRIEH
17h00 Conférence de Michael STORA et Benedicte SACCHI-SAILLARD
La famille face au numérique
18h30 Espace dédicace
20h00 Cocktail dînatoire
Espace Mably
DIMANCHE 8 OCTOBRE 2017
8h00 / 9h30 Je déjeune avec mon psy
>>> voir en détail les lieux et thèmes des P’tits dej avec mon psy…
10h00 Projection du film ILLÉGITIME
Suivie du débat Famille incestueuse, famille incestuelle
Animé par Myriam CASSEN, Pierre-Yves BRISSIAUD, Mazarine PINGEOT et Elisabeth PETIT-LIZOP
14h00 Projection du film DHEEPAN
Suivie du débat Famille et intégration
Animé par Claire MESTRE, Mazarine PINGEOT et Nada DAOU
17h30 Clôture du festival
En présence de notre Invité d’honneur, Serge HEFEZ Et de nos parrain et marraine, Mazarine PINGEOT et Alex LUTZ
LES INTERVENANTS
 Brigitte ASSELINEAU
Pierre-Yves BRISSIAUD
Céline CALAIS
Sandrine CALINAUD
Myriam CASSEN
Christine CHIQUET
Jean Luc COLIA
Nada DAOU
Nathalie DEFFONTAINES
Yannick FRIEH
Martine GROSS
Serge HEFEZ
Ruth HERZBERG
Alex LUTZ
Claire MESTRE
Monique MEY
Gérard OSTERMANN
Elisabeth PETIT-LIZOP
Mazarine PINGEOT
Jacques PROUST
Bénédicte SACCHI-SAILLARD
Ha SOUNE
Michael STORA
INFOS ET INSCRIPTIONS

TARIFS
85 € le pass entrée

105 € le pass entrée avec le cocktail dînatoire

MODALITÉS DE PAIEMENT
Par Carte Bancaire (paiement en ligne) paiement

Les informations fournies par l’acheteur lors de la saisie de ses coordonnées bancaires font l’objet d’un cryptage de la part de l’opérateur en charge des transactions.

Par virement bancaire (en précisant : Cinopsy’s 2017 + nom et prénom+ adresse)
sur le compte de la Fédération Française de Psychothérapie et Psychanalyse
code IBAN : FR76 1820 6002 7709 9273 9000 124 – code BIC : AGRIFRPP882

Par chèque, à l’ordre de la FF2P
En précisant vos nom et adresse postale (si elle diffère de celle inscrite sur votre chèque) pour l’envoi de votre pass à domicile
Le tout, à retourner à la FF2P, 6 avenue du Maine – F-75015 Paris

FÉDÉRATION FRANÇAISE DE PSYCHOTHÉRAPIE ET PSYCHANALYSE
6 avenue du Maine  – 75015 Paris – France
Tél : +33 (0)1 44 05 95 50 – Fax : +33 (0)1 45 44 62 34
contact@ff2p.fr – www.ff2p.fr